Une Conférence sur le « féminicide » : une coalition européenne pour empêcher le meurtre des femmes

Article du Jerusalem Post

Une Conférence a eu lieu à Jérusalem ; les participants ont tenté de s'entendre sur la définition de ce phénomène.

En Afrique du Sud, une femme est tuée toutes les six heures par son mari ou son petit ami. En Inde, cela arrive presqu’une fois par heure. La cause est le " féminicide ", le meurtre des femmes parce qu'elles sont des femmes et il est la principale cause de décès prématuré chez les femmes à travers le monde.

Dr Shalva Weil, chercheur senior à l'Université de Jérusalem, a présidé cette semaine une action parrainée par COST, un cadre intergouvernemental pour la coopération européenne en science et technologie. Elle est la seule Israélienne à occuper un tel poste, et cela au milieu des tensions entre Israël et l'Union européenne concernant les nouvelles directives qui interdisent tout financement de l'UE pour toute institution israélienne construite sur les zones acquises par Israël en 1967. L'Université hébraïque de Jérusalem sur le Mont Scopus a toujours été une enclave sous contrôle israélien et ne devrait pas être affectée par ces nouvelles règles.

“Il s'agit de la première conférence sur les féminicides en Europe et ce problème est en augmentation", a déclaré Dr. Weil à The Media Line. « COST est impliqué dans la mise en réseau, pas dans la recherche. J’appelle tous les gouvernements européens à dédier des fonds pour cette recherche ».

Il y a eu peu de recherches effectuées sur cette question. Dr. Weil, anthropologue, s’est penchée sur le meurtre de femmes éthiopiennes par leurs maris en 2009. « Les Éthiopiens représentent 0,01% de la population totale en Israël, et représentent 28% des victimes de féminicide », dit-elle. «J'ai réalisé que c'était un sujet important et j'ai présenté une proposition à COST pour utiliser les fonds de l'UE afin d’étudier ce phénomène à travers l'Europe. »

La conférence d'une journée a réuni quelques 40 chercheurs venant de toute l'Europe. Dans son discours d'ouverture, le couple de chercheurs Rebecca et Russell Dobash, criminologues à l'Université de Manchester au Royaume-Uni, a fait part d’une étude sur le féminicide en Grande-Bretagne.

« Une femme a plus de risque d'être tuée par son partenaire dans sa jeunesse mais par un étranger plus tard », a déclaré Russel Dobash. « 80% des hommes qui ont tué une femme dans agression sexuelle l’ont fait dans la maison de la victime, ce qui signifie qu'ils vivaient dans le même quartier et se connaissaient. »

Cette conférence avait pour but de s'entendre sur une définition de féminicide. Par exemple, les avortements pratiqués sur des bébés filles en Inde sont-ils des féminicides ? La mutilation génitale féminine est-elle un féminicide ? Comment peut-on prendre en compte les différences entre les cultures ? "

Par exemple, Jacquelyn Campbell, de l'École des sciences infirmières de l'Université Johns Hopkins a fait ses recherches au Liban.

"En 2011, le Liban a adopté la première loi contre les crimes d'honneur (le meurtre d'une femme, généralement par des parents, dans la conviction qu'elle a apporté le déshonneur ou la honte sur sa famille ", a déclaré Campbell. "Mais quand ils ont essayé d'adopter une loi contre la violence domestique, les musulmans et les chrétiens ont convenu que ce serait un coup porté à la famille et ont rejeté la loi ".

D’après Campbell, des études montrent qu’aux États-Unis quand une femme est tuée par son partenaire, dans près d'un tiers des cas, ce dernier se tue ensuite.

Les présentateurs et les participants à la conférence étaient essentiellement des femmes, c’est peut-être la raison pour laquelle Campbell a commencé sa présentation power-point avec un diapositif de ses petits-enfants. Une participante a nourri son bébé pendant qu’elle écoutait attentivement les présentations.

Selon Anne Ryen, sociologue norvégienne, son pays a des expériences positives à offrir.

«Nous sommes le pays de l’égalité des sexes et notre taux de féminicides est très faible, " dit-elle à The Media Line. " C'est une bonne occasion de travailler sans tenir compte des frontières parce que la violence contre les femmes est un phénomène transfrontalier. "

D'autres délégués ont déclaré que le niveau de violence est en augmentation dans leurs communautés. Wafaa Zrieksrour, citoyenne arabe d'Israël et membre de l'organisation Mosawa a signalé que huit femmes arabes israéliennes ont été tuées par leurs maris cette année.

«Nous devons sensibiliser les gens à ce problème », a-t-elle dit The Media Line. « Mais la police aussi a sa part de responsabilité. Dans la plupart des cas, les femmes ont été porter plainte à la police qui n’a rien fait ».

Naeemah Abrahams, de l'Unité Genre et Santé du Conseil de la Recherche Médicale au Cap, en Afrique du Sud, a mené deux études sur le féminicide à dix ans d'intervalle. Selon elle, les taux globaux sont en baisse. Dans la même période, "les homicides sexistes sont restés disproportionnellement résistant au changement, alors que les viols suivis d’homicides ont augmenté proportionnellement." Selon elle, les efforts de prévention doivent être augmentés et les départements de santé, de police et de justice doivent donner la priorité à ces cas.