L'acidification des océans

L'acidification des océans pourrait conduire à l’effondrement des récifs coralliens

En 35 ans, 40 % des dépôts de carbonate de calcium de la Grande Barrière de corail en Australie auraient disparus.

Une expédition de l'Université hébraïque de Jérusalem et de l'Institut Carnegie des sciences a mesuré une réduction d'environ 40 % du taux de carbonate de calcium déposé dans la Grande Barrière de corail en Australie au cours des 35 dernières années - un scénario qui pourrait endommager le récif et mettre en danger l’ensemble de l'écosystème corallien.

Les récifs coralliens sont les écosystèmes les plus écologiquement diversifiés et productifs des océans, avec des communautés riches et diversifiées de poissons, de coraux et de mollusques qui en font une attraction majeure pour le tourisme maritime et sous-marin. Avec une production de près de 50% du carbonate de calcium annuel net des océans, les coraux jouent un rôle important dans le cycle mondial du carbone.

Le succès écologique des récifs coralliens dépend de leurs structures de carbonate de calcium (CaCO3, calcaire) qui fonctionnent comme d’énormes filtres pour  la production de plancton de l'océan. Mais les changements environnementaux récents, y compris la pollution côtière des éléments nutritifs, le réchauffement climatique et l'acidification des océans causée par le CO2 atmosphérique en croissance menacent l'existence de ces écosystèmes uniques.

Pour mieux comprendre l'effet de l'acidification sur la baisse de la croissance des coraux, les scientifiques de l'Université de Jérusalem dirigés par le professeur Jonathan Erez et professeur Boaz Lazar à l'Institut Fredy et Nadine Herrmann des Sciences de la Terre, avec des collègues de l'Institut Carnegie, le Dr J. Silverman et le Dr K. Caldeira, ont réalisé une étude générale du métabolisme sur Lizard Island située sur la Grande Barrière de corail en Australie.

Les chercheurs ont comparé les taux de calcification documentés en 2008 et 2009 à ceux mesurés en utilisant des techniques similaires dans les années 1975-1976. Bien que la couverture corallienne soit restée similaire, les chercheurs ont constaté que les récents taux de calcification avaient diminué de 27% à 49 %. Ces taux inférieurs sont conformes aux prévisions tenant compte de l'augmentation du CO2 entre les deux périodes, ce qui suggère que l'acidification des océans est la principale cause du taux de calcification inférieur enregistré à Lizard Island.

Si des études antérieures sur coraux individuels constructeurs de récifs ont montré que ces derniers abaissaient leurs taux de calcification en réponse à l'acidification des océans, la présente étude a démontré que cela s’était généralisé. Les résultats suggèrent que les récifs coralliens produisent des squelettes moins denses et plus fragiles. Si leur apparence reste la même, ces récifs coralliens sont aujourd’hui moins capables de résister à l'érosion physique et biologique.

Selon Erez et Silverman, "Les résultats de cette étude montrent une diminution spectaculaire de la calcification du récif, et qu'elle a été probablement causée par l'acidification des océans. Lorsque le taux de calcification deviendra inférieur à la vitesse de dissolution et d'érosion, l’ensemble de l'écosystème corallien pourrait s’effondrer et finalement être réduit à des tas de gravats. L'effondrement de cet habitat pourrait finalement conduire à la disparition de sa faune et sa flore très belles et très diversifiées».

Erez et Silverman ont ajouté: « Les mesures de routine de calcification nette devraient être poursuivies non seulement à Lizard Island mais aussi sur d'autres récifs à travers la planète afin de surveiller leur bien-être dans un monde à fort taux de CO2. "

La recherche a été publiée dans Geochimica et Cosmochimica Acta, un journal de la Société géochimiques et la Meteoritical Society, sous le titre «la calcification à Lizard Island, Grande Barrière de corail : Une perspective sur 33 ans ». La recherche a été financée par la Fondation Israël des Sciences et par la Fondation Moore.