Une baisse rapide du niveau de la Mer Morte est déjà survenue dans un passé lointain

L'avenir de la Mer Morte : un projet international de forage montre que la baisse rapide du niveau de la Mer Morte, une préoccupation actuelle, est déjà survenue dans un passé lointain, se traduisant alors par un assèchement sévère du lac.

Le projet, impliquant des chercheurs de l'Institut Fredy et Nadine Herrmann des Sciences de la Terre de l'Université de Jérusalem, ouvre une fenêtre sur l'histoire climatique et sismique de la Mer Morte au cours des centaines de milliers d'années passées.

Les chercheurs ont découvert qu’il y a environ 125000 ans, la Mer Morte était presque complètement asséchée en raison de changements climatiques. Ce constat suscite l’inquiétude sur l'état actuel de la Mer Morte, point plus bas sur Terre, où l'intervention humaine en accélère le processus d'assèchement.

Un appareil de forage et des équipements spéciaux permettant d’extraire des échantillons de sédiments sous le lac ont été amenés en Israël. Le forage a été effectué de novembre 2010 à mars 2011 en deux lieux : au centre du lac, à une profondeur de 300 mètres, et près de la côte d'Ein Gedi.

Le forage a été effectué sous les auspices du Programme International de Forage Continental (International Continental Drilling Program - ICDP), sous la direction du Professeur Mordechai Stein de la Commission Géologique d'Israël et de l'Université de Jérusalem et du Professeur Zvi Ben-Avraham de l’Université de Tel Aviv, avec le soutien de l’Académie Israélienne des Sciences et des Humanités. Les autres partenaires du projet sont des chercheurs de l’Institut des Sciences de la Terre Fredy et Nadine Herrmann de l'Université de Jérusalem : les Professeurs Amotz Agnon, Yehouda Enzel, Boaz Lazar et Yigal Erel.

La Mer Morte est un lac salé situé dans une profonde dépression tectonique (le bassin de la Mer Morte) et où la perte d'eau est due à l’évaporation ; ses eaux fournissent des informations intéressantes sur les eaux de son bassin versant. Le Jourdain et les eaux de la vallée Arava (située entre la Mer Morte et Eilat) transportent des sédiments du nord et du sud, reflétant ainsi les conditions environnementales des zones de climat méditerranéen et désertique.

Au cours des centaines de milliers d'années passées, le lac a engrangé des informations sur les conditions hydrologiques et climatiques de ces régions. De plus, la « reconstruction » des climats passés est pertinente pour l'histoire humaine car le bassin de la Mer Morte se situe le long d'une route que l'homme préhistorique a empruntée lorsqu’il est parti d'Afrique.

Les carottes provenant des sédiments forés et récupérés sous le plancher de la Mer Morte contiennent des informations permettant de reconstituer les conditions climatiques qui existaient dans ce lieu et même dans des régions plus lointaines telles que l'Arabie et le désert du Sahara, dit Stein.

Une analyse préliminaire des éléments extraits, à une profondeur de 250 mètres sous le fond du lac et à 550 mètres sous la surface du lac, sont d'épaisses séquences de sel recouvertes par des roches (de type galets) qui indiquent qu’à une période le lac avait reculé et était presque tari. A l'inverse, ces séquences sont recouvertes par des sédiments boueux qui montrent un apport accru d'eau douce dans le lac et des conditions climatiques plus humides dans le bassin versant.

Aujourd'hui, la Mer Morte est à un niveau de 426 mètres sous le niveau de la mer et se dessèche rapidement. L'évaporation du lac dans le passé doit nous servir d’avertissement quant à un éventuel tarissement dans l'avenir, disent les scientifiques. Dans le passé, un changement climatique naturel a entraîné un remplissage de la Mer Morte grâce au drainage des eaux entrant dans son bassin, ce phénomène ne pourra pas se reproduire tant que les eaux du Jourdain seront détournées par les Etats qui le bordent.